Action, Aventure, Super-Héros, Thriller

KRAVEN THE HUNTER (2024) ★★☆☆☆


Kraven (2024)

 

Kraven, ou la chasse sans trophée !

Verdict d’entrée

Avec Kraven le Chasseur, Sony et J.C. Chandor livrent un film de super-héros qui hésite constamment entre ambition sombre et série B mal assumée. Malgré une idée de départ intrigante et quelques éclairs de mise en scène, l’ensemble s’enlise dans un scénario laborieux et des choix esthétiques discutables, au point de donner l’impression d’un projet vidé de sa substance en cours de route.

Synopsis (sans spoiler)

Sergei Kravinoff, héritier d’un clan marqué par la violence et l’obsession de la domination, forge peu à peu sa légende en tant que chasseur ultime. Entre quête identitaire, rapport conflictuel à la nature et héritage paternel écrasant, le film entend explorer la naissance d’un anti-héros tiraillé entre instincts primaires et volonté de transcendance.

Les atouts majeurs

Sur le papier, Kraven the Hunter possède des arguments. J.C. Chandor, cinéaste autrefois reconnu pour la rigueur morale de Margin Call (2011) et l’épure existentielle de All Is Lost (2013), tente ici d’insuffler une gravité inhabituelle à un spin-off de l’univers Spider-Man. Certains passages, plus introspectifs, laissent entrevoir ce que le film aurait pu être : un récit brutal sur la filiation toxique et la prédation comme mode de survie.

Aaron Taylor-Johnson s’investit physiquement dans le rôle, composant un Kraven taiseux, presque animal, dont le corps raconte davantage que les dialogues. Russell Crowe, en figure paternelle autoritaire, apporte par instants une densité tragique bienvenue, rappelant brièvement que J.C. Chandor sait filmer les rapports de force humains.

Les faiblesses et limites

Ces qualités restent cependant étouffées par un scénario inutilement surchargé. Le film multiplie les intrigues secondaires, les antagonistes et les origines réécrites, sans jamais parvenir à une ligne directrice claire. Cette accumulation dilue toute tension dramatique et empêche l’idée centrale de s’imposer.

Les effets visuels aggravent le problème. Oscillant sans transition entre un rendu presque cartoonesque et des séquences visiblement réalisées au rabais, ils rappellent par moments le ridicule involontaire du Roi Scorpion (2002). Cette instabilité visuelle nuit à l’immersion et donne le sentiment d’un film constamment en train de bricoler son identité.

Le doublage français, particulièrement criard, accentue encore l’aspect artificiel de certaines scènes clés, là où un minimalisme sonore aurait été plus cohérent avec la tonalité sombre recherchée. Enfin, le film n’assume jamais pleinement le kitsch nécessaire pour devenir culte, ni la radicalité requise pour s’imposer comme une œuvre sérieuse. Il reste coincé dans un entre-deux stérile.

Conclusion et recommandation

Kraven le Chasseur s’adresse avant tout aux complétistes de l’univers Marvel de Sony, curieux de voir jusqu’où peut aller cette galerie de super-vilains recyclés en pseudo-héros. Pour les autres, le visionnage en streaming suffira largement.

Dans la filmographie de J.C. Chandor, le film apparaît comme une parenthèse malheureuse, très éloignée de la précision dramaturgique de Margin Call ou de la puissance métaphorique de All Is Lost. Plus largement, il illustre l’essoufflement d’un sous-genre qui peine à se renouveler. À force d’empiler des figures interchangeables, le cinéma de super-héros semble ici toucher le fond du gouffre, sans même l’élan nécessaire pour en faire un spectacle pleinement assumé.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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