Comédie, Fantastique, Horreur

GREMLINS (1984) ★★★★☆


Gremlins (1984)

 

Quand Noël mord : la subversion jubilatoire de l’innocence américaine !

Verdict d’entrée

Sous ses airs de divertissement familial estampillé années 80, Gremlins est une œuvre bien plus perverse et stimulante qu’il n’y paraît. Joe Dante orchestre une farce horrifique qui démonte méthodiquement les mythes de l’American way of life, tout en offrant un spectacle ludique, cruel et remarquablement mis en scène. Une comédie de Noël qui préfère la morsure au réconfort.

Synopsis (sans spoiler)

Dans une petite ville américaine apparemment sans histoires, un adolescent reçoit pour Noël une étrange créature, le Mogwai, accompagnée de trois règles strictes à respecter. Leur transgression accidentelle entraîne une série d’événements incontrôlables qui vont plonger la communauté dans un chaos aussi burlesque que dangereux. Ce qui commence comme un conte doux-amer bascule rapidement vers une anarchie grinçante.

Les atouts majeurs

Le premier mérite de Gremlins réside dans son double registre parfaitement assumé. Le film amuse constamment, mais derrière ses gags visuels et son énergie cartoonesque se cache une entreprise de parodie d’une rare intelligence. Joe Dante, cinéphile vorace, s’amuse à détourner des archétypes narratifs bien établis : le film de Noël familial, le teen movie, le cinéma de monstres des années 50, voire le film catastrophe miniature. Chaque situation semble commenter un genre précis, souvent pour en souligner l’artificialité ou la naïveté.

Gremlins (1984)La création des Gremlins eux-mêmes est un tour de force technique et conceptuel. Les effets spéciaux animatroniques de Chris Walas confèrent aux créatures une physicalité troublante, bien loin de la mignonnerie rassurante que le cinéma grand public affectionne habituellement. Leur comportement anarchique évoque autant les monstres de The Blob d’Irvin Yeaworth (1958) que la violence burlesque des cartoons de Tex Avery. Cette hybridation permanente entre horreur et slapstick crée un malaise diffus, précisément recherché.

Le film se distingue aussi par son ton volontairement dérangeant. Certaines scènes, notamment les récits sombres livrés sur un ton détaché ou les attaques menées dans des lieux du quotidien, instaurent un climat d’incertitude rarement toléré dans un cadre supposément familial. Dante joue avec les limites du confort spectatoriel, rappelant par instants l’irrévérence d’un Jaws de Steven Spielberg (1975) dans sa manière de faire surgir la menace au cœur d’un espace familier.

Sur le plan thématique, Gremlins fonctionne comme une satire féroce de la société de consommation. Les créatures incarnent une pulsion de destruction née de l’excès : excès de nourriture, de gadgets, de confiance aveugle dans le progrès. La petite ville devient un théâtre grotesque où téléviseurs, fast-foods et vitrines explosent littéralement sous le poids de leur propre absurdité. À ce titre, le film dialogue ouvertement avec Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel (1956) pour sa critique voilée du conformisme américain.

Les faiblesses et limites

Cette richesse de ton et d’intentions a toutefois un prix. Gremlins souffre parfois d’un déséquilibre narratif assumé mais perceptible. Le récit abandonne progressivement son protagoniste humain pour se concentrer sur la frénésie des créatures, ce qui peut donner l’impression d’une dilution émotionnelle. Certains personnages secondaires, introduits avec un potentiel satirique fort, disparaissent sans véritable résolution, renforçant la sensation d’un chaos narratif volontaire mais frustrant.

De plus, la volonté de multiplier les références et les ruptures de ton entraîne quelques variations de rythme abruptes. Le film passe sans transition d’une comédie adolescente presque innocente à une horreur grotesque, ce qui peut désarçonner un spectateur en quête de cohérence classique. Là où un Poltergeist de Tobe Hooper (1982) parvenait à maintenir une ligne émotionnelle claire, Gremlins préfère la dissonance, au risque de perdre une partie de son public.

Conclusion et recommandation

Gremlins s’adresse avant tout à un spectateur curieux, amateur de cinéma de genre et sensible à la satire. Son contexte de visionnage idéal reste la salle obscure ou une projection collective, où l’énergie anarchique du film peut pleinement se déployer. Dans la filmographie de Joe Dante, il constitue une œuvre-charnière, annonçant les jeux métatextuels et l’ironie mordante de Matinee (1993) ou Small Soldiers (1998).

Quarante ans après sa sortie, Gremlins demeure un objet singulier : une comédie de Noël qui rit de ses propres codes, une fable horrifique qui refuse toute morale rassurante. Un film qui, sous couvert de divertissement, rappelle que le chaos n’est jamais très loin derrière la façade souriante de la normalité.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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