Drame, Horreur

YOU WON’T BE ALONE (2022) ★★★★☆


You Won't Be Alone (2022)

 

You Won’t Be Alone : la naissance du monde à hauteur de sorcière !

Verdict d’entrée

Œuvre sensorielle et déroutante, You Won’t Be Alone détourne l’horreur folklorique pour en faire un récit d’apprentissage métaphysique. Goran Stolevski privilégie l’expérience et la contemplation à l’efficacité narrative, au risque d’un certain hermétisme, mais avec une cohérence formelle rare.

Synopsis (sans spoiler)

Dans un village isolé de Macédoine au XIXe siècle, une enfant est arrachée à son humanité par une force maléfique.
En héritant d’un pouvoir de métamorphose, elle découvre le monde en habitant successivement d’autres corps. Son regard neuf observe la vie, la mort et le désir avec une curiosité primitive.

Les atouts majeurs

Le premier mérite du film est de s’assumer comme conte sombre, presque une légende orale filmée. Goran Stolevski puise dans le folklore balkanique pour bâtir un univers où le surnaturel n’est jamais spectaculaire, mais organique, inscrit dans la terre, le sang et les gestes du quotidien. Le cadre macédonien du XIXe siècle, rarement exploré au cinéma, apporte une rugosité ethnographique précieuse : maisons de pierre, champs boueux, rituels paysans et silences pesants façonnent un monde crédible, âpre, sans exotisme de carte postale.

La grande singularité du film réside dans sa narration adoptant le point de vue de la force maléfique — ou plus précisément de cette conscience en formation qui passe de corps en corps. La voix off, volontairement maladroite, presque enfantine, n’explique pas : elle observe. Cette stratégie rappelle la démarche contemplative de The Tree of Life (2011), où le langage peine à saisir l’expérience brute de l’existence.

La mise en scène privilégie les plans larges, la durée, et une caméra souvent à hauteur de regard, comme si le monde était découvert pour la première fois. Cette approche évoque l’étrangeté sensorielle de Under the Skin (2013), mais là où Jonathan Glazer plongeait dans l’abstraction urbaine, Goran Stolevski s’ancre dans une matérialité rurale et charnelle.

L’interprétation est également remarquable. Sara Klimoska et Alice Englert incarnent cette conscience mouvante avec une physicalité précise, faite de gestes hésitants et de regards curieux. Anamaria Marinca, en sorcière archaïque, incarne une menace plus cosmique que démoniaque, tandis que Noomi Rapace impose une présence magnétique, presque tellurique.

Les faiblesses et limites

Ce choix radical de point de vue a un coût. Le film adopte une structure fragmentaire, faite de vignettes successives, qui peut désorienter. Certaines métamorphoses, bien que fascinantes sur le plan conceptuel, s’étirent au détriment de la progression dramatique. L’absence d’enjeu narratif classique — pas de quête clairement définie, pas de montée dramatique traditionnelle — peut donner le sentiment d’un exercice formaliste, proche parfois de la démonstration.

Par ailleurs, le refus quasi total de contextualisation psychologique laisse certains spectateurs à distance. Là où The Witch (2015) utilisait le folklore pour nourrir une tension dramatique précise, You Won’t Be Alone préfère la dilution du conflit dans l’expérience sensorielle, au risque d’une froideur émotionnelle intermittente.

Conclusion et recommandation

You Won’t Be Alone s’adresse avant tout aux spectateurs curieux de formes hybrides, sensibles au cinéma contemplatif et aux récits symboliques. Une projection en salle, dans de bonnes conditions sonores, est vivement recommandée pour s’immerger dans son atmosphère charnelle et hypnotique.

Dans le paysage de l’horreur contemporaine, le film s’inscrit dans un courant auteuriste qui détourne les codes du genre pour interroger l’identité et le regard — un geste audacieux pour un premier long métrage. Plus qu’un film d’horreur, c’est une expérience de cinéma, exigeante, parfois déroutante, mais profondément singulière.

 

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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