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THE GREAT HYPNOTIST (2014) ★★★★☆


The Great Hypnotist (2014)

 

Les miroirs de l’esprit : quand l’hypnose devient un champ de bataille moral !

Verdict d’entrée

Avec The Great Hypnotist (2014), Leste Chen signe un thriller psychologique d’une remarquable densité dramatique, bien plus préoccupé par l’exploration de la psyché humaine que par l’accumulation mécanique de twists. Derrière son dispositif de mystère savamment orchestré, le film interroge la notion même de confiance — envers autrui, mais surtout envers sa propre perception.

Synopsis (sans spoiler)

Xu Ruining, psychiatre réputé spécialisé dans l’hypnose thérapeutique, reçoit une patiente affirmant être hantée par des phénomènes surnaturels liés à son passé. Très vite, les séances dépassent le simple cadre clinique et plongent le médecin dans un labyrinthe mental où souvenirs, traumatismes et manipulations s’entremêlent. Ce qui devait être une thérapie devient alors une épreuve de vérité.

Les atouts majeurs

Contrairement à de nombreux thrillers psychologiques contemporains qui misent tout sur un retournement final spectaculaire, The Great Hypnotist construit patiemment une intensité dramatique continue, bien avant son dénouement. Le film n’attend pas son dernier acte pour exister : chaque scène est pensée comme une strate supplémentaire venant épaissir la matière émotionnelle et thématique du récit. Leste Chen privilégie une narration progressive, où l’étrangeté s’insinue par petites touches, souvent à travers des détails de mise en scène ou des silences lourds de sens.

The Great Hypnotist (2014)

The Great Hypnotist (2014)

La réalisation, d’une grande sobriété formelle, joue un rôle essentiel dans cette montée en tension. Leste Chen utilise l’espace clinique — cabinets feutrés, couloirs impersonnels, intérieurs aseptisés — comme un terrain propice à la déstabilisation. La caméra, souvent fixe ou animée de mouvements très contrôlés, épouse le point de vue rationnel du psychiatre avant de le fissurer progressivement. À mesure que les certitudes du protagoniste vacillent, la mise en scène se fait plus ambiguë, multipliant les cadres dans le cadre, les reflets et les zones d’ombre.

L’interprétation de Xu Zheng constitue l’un des piliers du film. Loin de toute démonstration excessive, l’acteur incarne un homme convaincu de maîtriser les mécanismes de l’esprit, avant d’être confronté à ses propres limites. Son jeu repose sur une retenue constante, rendant d’autant plus crédible l’effritement progressif de son assurance. Face à lui, Karen Mok livre une performance subtilement modulée, oscillant entre vulnérabilité apparente et opacité troublante. Son personnage devient l’incarnation même de la question centrale du film : à qui faire confiance ? À la patiente ? Au thérapeute ? Ou aux récits que chacun se raconte pour survivre ?

Sur le plan thématique, The Great Hypnotist s’inscrit dans une tradition de thrillers introspectifs évoquant la paranoïa feutrée de Conversation secrète de Francis Ford Coppola (1974) ou les jeux de perception de Shutter Island de Martin Scorsese (2010). Toutefois, le film chinois se distingue par son ancrage émotionnel : l’hypnose n’est jamais réduite à un gadget narratif, mais présentée comme un outil thérapeutique aux conséquences éthiques vertigineuses.

Les faiblesses et limites

Cette rigueur dramatique a néanmoins un revers. Certains spectateurs pourront reprocher au film un rythme volontairement retenu, notamment dans son deuxième acte, où la répétition des séances d’hypnose, bien que thématiquement justifiée, peut donner une impression de stagnation narrative. De plus, quelques personnages secondaires — notamment au sein de l’entourage professionnel du protagoniste — restent esquissés plus qu’explorés, ce qui limite parfois l’impact de certaines révélations.

Enfin, le retournement final, aussi brillant soit-il dans sa conception, exige une attention soutenue. Le film demande au spectateur de reconstituer mentalement les pièces du puzzle, au risque de perdre ceux qui attendraient une résolution plus explicite ou didactique.

Conclusion et recommandation

The Great Hypnotist s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers psychologiques exigeants, sensibles aux récits où la tension naît moins de l’action que de la remise en question des certitudes. Idéalement découvert dans un environnement propice à la concentration — salle obscure ou visionnage domestique sans distraction — le film s’impose comme une œuvre charnière dans la filmographie de Leste Chen, confirmant son intérêt pour les zones grises de la psyché humaine.

Dans le paysage du cinéma chinois des années 2010, souvent dominé par les fresques historiques ou les blockbusters spectaculaires, The Great Hypnotist fait figure d’exception salutaire : un thriller intimiste, précis et profondément humain, qui continue de hanter l’esprit bien après le générique de fin.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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