Aventure, Comédie, Science fiction

MICKEY 17 (2025) ★★★★☆

Temps de lecture : 4 minutes

Mickey 17 (2025)

 

Mourir pour travailler : la farce existentielle de l’ère clonée !

Verdict d’entrée

Avec Mickey 17, Bong Joon Ho signe un retour aussi ludique que corrosif à la science-fiction satirique. Sous ses dehors de comédie futuriste absurde, le film orchestre une réflexion grinçante sur la déshumanisation du travail et la valeur de l’individu, portée par un Robert Pattinson étonnamment caméléon.

Synopsis (sans spoiler)

Dans un futur où la colonisation spatiale repose sur des technologies radicales, Mickey Barnes est un « remplaçable » : un employé dont la mission consiste à mourir à la place des autres lors de tâches trop dangereuses, avant d’être réimprimé à l’identique. Le problème survient lorsque plusieurs versions de Mickey coexistent, mettant en péril un système fondé sur l’idée que l’individu n’est qu’une ressource jetable.

Les atouts majeurs

Dès ses premières séquences, Mickey 17 impose une tonalité instable, volontairement déroutante. Bong Joon Ho excelle dans cet art de la collision des registres : le burlesque le plus outrancier côtoie l’horreur corporelle et l’absurde existentiel, parfois dans un même plan. La scène récurrente de « l’imprimante à viande », où le nouveau clone de Pattinson émerge dans une texture évoquant autant la boucherie industrielle que la farce grotesque, devient un motif visuel central. Elle résume à elle seule la logique du film : rire de l’inhumain pour mieux le dénoncer.

La mise en scène joue constamment sur ce décalage. Les décors froids et fonctionnels rappellent une science-fiction industrielle à la fois clinique et oppressante, tandis que le montage privilégie des ruptures de ton franches, presque brutales.
Bong Joon Ho ne cherche jamais l’harmonie : il provoque le malaise, puis le désamorce par une chute comique, avant de replonger dans une violence plus sourde. Cette oscillation permanente est l’un des grands plaisirs du film, mais aussi l’une de ses prises de risque.

Au centre de ce dispositif, Robert Pattinson livre une performance remarquable. Il compose plusieurs variations d’un même personnage, jouant sur la posture, la voix et l’énergie corporelle pour différencier chaque itération de Mickey. Sans jamais tomber dans la démonstration, il donne une épaisseur tragique à un concept pourtant absurde. Face à lui, Naomi Ackie apporte une humanité bienvenue, tandis que Steven Yeun et Toni Collette incarnent avec un cynisme jubilatoire les rouages d’un système prêt à tout justifier au nom de l’efficacité. Mark Ruffalo, enfin, s’amuse clairement de son rôle, flirtant avec la caricature pour mieux souligner l’absurdité du pouvoir.

Thématiquement, Mickey 17 s’inscrit dans la continuité directe de Snowpiercer et Okja. Bong Joon Ho y poursuit sa critique du capitalisme tardif, ici transposée dans un futur où même la mort est optimisée. Le clonage n’est pas un gadget de science-fiction, mais une métaphore limpide de la précarisation ultime : un monde où l’on peut mourir sans conséquence, puisque l’on sera remplacé.

Les faiblesses et limites

Cette générosité thématique et formelle a toutefois un revers. Le film peine parfois à canaliser son énergie. Certaines séquences semblent s’étirer, comme si Bong Joon Ho hésitait entre approfondir sa fable philosophique ou accentuer la farce. L’humour, volontairement lourd par moments, pourra dérouter les spectateurs en quête d’une satire plus sèche ou plus resserrée.

De même, si l’horreur corporelle est souvent efficace, elle frôle parfois la répétition symbolique. Le motif de la « réimpression » perd légèrement de sa force à force d’être martelé, même si cette insistance peut aussi être lue comme un choix cohérent avec le propos du film.

Conclusion et recommandation

Mickey 17 s’adresse avant tout aux amateurs de science-fiction d’auteur et de satire sociale mordante. Idéalement découvert en salle, pour profiter pleinement de son travail visuel et sonore, il trouvera aussi une seconde vie stimulante en streaming, propice à la relecture et à l’analyse.

Dans la filmographie de Bong Joon Ho, le film apparaît comme une œuvre de transition : moins resserrée que Parasite,
mais plus libre, plus joueuse, et profondément ancrée dans ses obsessions. Une comédie noire futuriste imparfaite mais audacieuse, qui confirme qu’en matière de science-fiction politique, Bong Joon Ho reste l’un des cinéastes les plus singuliers de notre époque.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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