
Symbiose en crise : quand Venom assume enfin sa propre folie !
Verdict d’entrée
Suite destinée avant tout aux fans du duo improbable du premier opus, Venom : Let There Be Carnage fait le choix délibéré d’embrasser sans retenue son versant le plus loufoque. Andy Serkis transforme ce second chapitre en comédie monstrueuse et intime, plus courte, plus précise, presque artisanale dans ses intentions. Le résultat : un film imparfait mais étonnamment attachant, qui avance au rythme d’une relation fusionnelle en crise.
Synopsis (sans spoiler)
Eddie Brock tente de reprendre le contrôle d’une vie chahutée par Venom, son colocataire extraterrestre envahissant. Mais l’apparition d’un tueur en série prêt à accueillir un symbiote encore plus dangereux provoque une spirale qui confronte Eddie et Venom à ce qu’ils refusent d’admettre : ils ne peuvent survivre que s’ils apprennent à cohabiter.
Les atouts majeurs
Une mise en scène plus compacte, presque théâtrale
Andy Serkis surprend en refusant la démesure super-héroïque attendue. Sa réalisation resserre les enjeux autour de quelques personnages et de lieux circonscrits, créant une dynamique presque intimiste. Là où Ruben Fleischer convoquait des éclats d’action plus traditionnels, Andy Serkis préfère l’énergie du duo, la friction des caractères, la physicalité burlesque de la cohabitation. On pense parfois à la direction d’acteurs de films de monstre des années 80, où la créature devient un partenaire comique autant qu’une menace. Le montage, nerveux et syncopé, accompagne cette ligne intentionnelle : tout va vite, mais rien n’est superficiel.
Un film sur l’amitié, la dépendance et l’acceptation de soi
Sous ses allures de divertissement pop, Let There Be Carnage dissimule un véritable récit relationnel. Eddie et Venom forment un couple au bord de la rupture, figure inversée des “buddy movies” classiques : physiologiquement fusionnés, psychologiquement opposés. Le film touche juste lorsqu’il explore la difficulté d’accepter ses propres failles — ou celles de l’autre — et la nécessité de faire place à ce qui dérange pour évoluer. Cette dimension introspective, plus nette et plus affirmée que dans le premier opus, donne au film un cœur émotionnel inattendu.
Un rythme soutenu, assumant son statut d’œuvre de genre
Avec ses 90 minutes sèches, le film ne s’égare jamais. Pas de sous-intrigues inutiles, pas de construction tentaculaire façon MCU. Cette sobriété narrative évoque autant la série B énergique que les blockbusters d’antan qui allaient droit au but.
La confrontation entre Venom et Carnage, bien que brève, s’inscrit dans cette logique : lisible, stylisée, soutenue par une imagerie rouge sang qui rappelle certains excès esthétiques de Spawn ou The Mask, mais retravaillés avec une fluidité numérique plus contemporaine.
Les faiblesses et limites
Un antagoniste au potentiel sous-exploité
Si Woody Harrelson s’amuse franchement, son Carnage reste un personnage davantage esquissé qu’exploré. Le film, concentré sur la dynamique Eddie/Venom, ne lui laisse que peu d’espace pour devenir autre chose qu’un miroir monstrueux de leur relation. Cette approche intentionnelle — recentrer l’intrigue — prive néanmoins l’histoire d’un souffle dramatique qui aurait pu renforcer la tension.
Un humour parfois envahissant
Le ton volontairement farcesque fonctionne souvent, mais il déborde parfois sur des scènes qui auraient mérité plus de gravité ou d’ambiguïté. Certaines répliques insistantes affaiblissent la portée émotionnelle que Andy Serkis installe par ailleurs avec finesse.
Une direction artistique moins inventive qu’espéré
Si le film adopte un style clair et cohérent, il demeure visuellement plus sage que ce que son concept permettrait. À l’exception de quelques idées de texture symbiotique et d’un combat final bien chorégraphié, l’ensemble manque d’un geste esthétique distinctif susceptible de marquer durablement le genre.
Conclusion et recommandation
Film court, vif et plus introspectif qu’il n’y paraît, Venom : Let There Be Carnage occupe une place singulière dans la franchise : moins spectaculaire mais plus sincère, plus modeste mais aussi plus ciblé. Les amateurs du premier opus y trouveront un prolongement naturel et réjouissant. Les spectateurs en quête d’un grand spectacle super-héroïque passeront peut-être à côté, mais celles et ceux intéressés par une variation plus intime et plus décalée du genre apprécieront la proposition.
Idéal en streaming ou lors d’une soirée dédiée aux films de monstres modernes, ce second volet confirme surtout que la saga trouve son identité lorsqu’elle se concentre sur ce qui la distingue du reste du paysage super-héroïque : la relation, bancale et touchante, entre un homme et le parasite qui lui ressemble bien plus qu’il ne l’imagine.

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🎬 Le saviez-vous ?
Pour Venom: Let There Be Carnage, Andy Serkis a volontairement imposé une durée resserrée (environ 90 minutes), à contre-courant des blockbusters super-héroïques actuels. Son objectif : retrouver l’efficacité des films de monstres et de série B qu’il affectionne, où le rythme prime sur l’accumulation de sous-intrigues — un choix qui explique le ton plus direct, plus intime et plus assumé de cette suite.
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Publié par Olivier Demangeon | 21/12/2025, 10 10 12 121212