Action, Aventure, Science fiction, Thriller

HUNGER GAMES (2012) ★★★★☆


Hunger Games (2012)

 

Arène, écrans et révolte : « Hunger Games » dissèque le spectacle de la violence !

Verdict d’entrée :

Adaptation d’un best-seller young adult, Hunger Games aurait pu se contenter d’un divertissement dystopique standard. Gary Ross signe au contraire un film tendu, parfois brutal, porté par une Jennifer Lawrence magnétique. Mais si le long-métrage ouvre de multiples pistes politiques et sociales, il les laisse souvent à l’état d’esquisse, comme si la franchise hésitait à assumer pleinement la radicalité de son propos.

Synopsis (sans spoiler) :

Dans un futur autoritaire, la nation de Panem impose chaque année aux districts pauvres d’envoyer deux adolescents combattre jusqu’à la mort dans une arène retransmise en direct. Lorsque sa petite sœur est tirée au sort, Katniss Everdeen se porte volontaire pour la remplacer et devient malgré elle le visage d’une possible rébellion, coincée entre instinct de survie, manipulation médiatique et enjeux politiques qui la dépassent.

Les atouts majeurs :

Hunger Games (2012)

Hunger Games (2012)

La grande force de Hunger Games tient d’abord à Jennifer Lawrence. Loin de l’héroïne douce ou lisse, sa Katniss est un bloc de détermination mélancolique : elle agit pour protéger les siens, quitte à commettre des actes moralement ambigus. Son jeu, souvent intériorisé, fait basculer le film du simple survival vers un portrait de jeune femme prise au piège d’un système qu’elle refuse.

Gary Ross adopte une mise en scène nerveuse, caméra à l’épaule et montage fragmenté qui évoquent parfois Paul Greengrass, notamment lors des scènes de foule ou des combats. Ce choix donne au film une sensation d’urgence et de proximité, au risque de frustrer ceux qui espéraient une chorégraphie d’action plus lisible. L’image exploite un contraste marqué : la grisaille quasi naturaliste des districts rappelle un certain réalisme social, tandis que les couleurs criardes du Capitole – maquillages outranciers, costumes baroques – installent une satire visuelle du spectacle et de la classe dominante.

Le film brille aussi dans sa direction d’acteurs secondaires : Woody Harrelson en mentor désabusé, Elizabeth Banks en maîtresse de cérémonie à la fois grotesque et tragique, Stanley Tucci en présentateur carnassier, Donald Sutherland en président à la menace feutrée. Tous participent à construire un univers où l’entertainment dévore l’humain. La bande originale de James Newton Howard, discrète mais efficace, souligne davantage la tension et la tristesse que le triomphe héroïque, ce qui ancre le film dans une tonalité plus sombre que la moyenne des blockbusters adolescents de l’époque.

Les faiblesses et limites :

Pourtant, Hunger Games reste étonnamment timide dans la formulation de son discours. Le film convoque plusieurs grilles de lecture – critique des inégalités de classe, fable libertarienne sur les dérives d’un gouvernement omnipotent, relecture féministe du grand spectacle de science-fiction, satire sanglante de la téléréalité – sans choisir clairement son axe principal. Ces pistes sont là, visibles, parfois très stimulantes, mais rarement développées jusqu’au bout.

La violence, par exemple, est au cœur du concept mais demeure souvent atténuée par les contraintes d’un PG-13 : le montage saccadé et les coupes rapides cachent autant qu’ils suggèrent. On comprend l’intention – laisser l’horreur hors-champ, éviter le voyeurisme – mais cette pudeur affaiblit parfois l’impact politique d’un récit justement centré sur l’exploitation du sang comme divertissement.

De même, la dimension satirique du show télévisé aurait pu pousser plus loin la cruauté et le cynisme, à la manière de The Truman Show ou Battle Royale dont le film semble parfois l’héritier lissé. Enfin, certains personnages (Peeta, Gale) restent relativement schématiques, coincés dans des fonctions dramatiques qui préparent visiblement les suites, au détriment de leur densité émotionnelle dans ce premier opus.

Conclusion et recommandation :

Hunger Games s’impose comme un blockbuster dystopique solide, plus intelligent et plus sensible que la moyenne des franchises young adult qui ont déferlé au début des années 2010. C’est un film à voir en salle lorsqu’il ressort, ou à (re)voir en streaming dans de bonnes conditions, pour apprécier autant la prestation intense de Jennifer Lawrence que la construction d’un univers où spectacle, pouvoir et violence s’entremêlent.

Dans la filmographie de Gary Ross, il marque une incursion singulière dans le grand spectacle politique, avant que Francis Lawrence ne prenne le relais pour les suites et accentue encore la dimension épique. Dans le genre de la science-fiction dystopique grand public, il occupe une place charnière : suffisamment radical pour troubler, pas assez frontal pour déranger vraiment. C’est peut-être là sa limite… mais aussi la raison de son immense succès.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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