
Espions, fantômes et héritages : “Alarum” réhabilité
Verdict d’entrée
Taxé de série B confuse et opportuniste, Alarum a déjà été enterré par une partie de la critique, qui y voit un véhicule tardif et paresseux pour Sylvester Stallone. C’est injuste. Derrière ses limites budgétaires et quelques personnages sous-écrits, le film de Michael Polish propose un vrai récit d’espionnage “old school”, centré sur un couple de renégats, où Scott Eastwood et Willa Fitzgerald tiennent la baraque pendant que Stallone assume un rôle de mentor crépusculaire.
Synopsis (sans spoiler)
Joe et Lara, anciens espions devenus renégats, se sont retirés du jeu pour vivre mariés, au calme, dans un resort enneigé isolé. Leur tranquillité explose lorsque le crash d’un avion les met en possession d’une clé USB convoitée par toutes les agences de renseignement – dont la CIA, qui dépêche Chester (Sylvester Stallone), un vétéran glaçant chargé de nettoyer le désordre. L’hotel devient alors le théâtre d’un siège où le passé du couple, leurs mensonges et leurs loyautés vont se fissurer.
Les atouts majeurs
D’abord, Alarum s’inscrit dans une veine qu’on voit peu à ce niveau de budget : un film d’espionnage d’action resserré, quasi huis clos, qui privilégie la tension de siège à la surenchère numérique. Tourné dans un décor de forêt et de resort enneigé, le film exploite intelligemment ce cadre gelé pour créer une atmosphère de retraite assiégée, quelque part entre le siège à la Carpenter et un sous-Sicario intime.
La mise en scène de Michael Polish n’a rien de révolutionnaire, mais elle reste lisible : il cadre serré sur les visages, laisse vivre les affrontements sans découpage épileptique et sait utiliser les couloirs, escaliers, chambres et parkings souterrains du complexe comme un terrain de chasse cohérent. Les fusillades et combats rapprochés, surtout dans le dernier tiers, gagnent en intensité, avec un montage qui resserre le rythme sans le fragmenter à l’excès.
Le cœur du film, ce n’est pas Stallone mais le couple Scott Eastwood/Fitzgerald. Scott Eastwood, dont la ressemblance avec son père devient presque troublante, trouve ici un de ses rôles les plus aboutis : mélange de détermination brute, de culpabilité sourde et de loyauté obstinée. Willa Fitzgerald, elle, injecte une vraie énergie “badass” à Lara : ses scènes de corps à corps, notamment dans la dernière partie, la posent en combattante crédible, loin du simple “love interest” décoratif.
Quant à Sylvester Stallone, souvent critiqué pour son temps à l’écran, il incarne Chester comme une présence spectrale : peu de scènes, mais chacune pèse. Son personnage fonctionne davantage comme une ombre du passé, incarnation du vieux monde des services secrets face à une génération de renégats qu’il comprend autant qu’il méprise. C’est cohérent avec l’état de sa carrière actuelle, où il enchaîne les rôles secondaires marqués plutôt que les démonstrations de force d’autrefois.
La musique, plus présente qu’on ne le croit, souligne efficacement les montées de tension, sans écraser l’image, tandis que la photo hivernale donne au film une patine légèrement granuleuse, loin du lissage numérique standard.
Les faiblesses et limites
Les reproches formulés contre Alarum ne sont pas infondés : plusieurs seconds rôles (notamment les antagonistes liés aux agences) manquent cruellement d’épaisseur, réduits à des fonctions scénaristiques. Le film multiplie les sigles, les allusions à des réseaux parallèles, sans toujours prendre le temps d’en structurer clairement les enjeux. On sent parfois le scénario plus ambitieux que le temps d’écran disponible.
Certains effets numériques – impacts de balles, CGI discrets – trahissent aussi les limites du budget et nourrissent la perception de “série B VOD”. De plus, le montage central accuse un léger coup de mou : entre l’installation du siège et la montée en puissance du dernier acte, quelques scènes dialoguées auraient gagné à être resserrées ou mieux écrites pour renforcer le conflit moral plutôt que de simplement réexposer l’intrigue.
Conclusion et recommandation
Alarum ne mérite ni l’enthousiasme aveugle, ni le mépris systématique qu’il a parfois suscité. C’est un thriller d’espionnage modeste mais sincère, porté par un duo Scott Eastwood/Fitzgerald solide, un Sylvester Stallone qui accepte enfin son âge et une dernière partie nerveuse qui assume pleinement le côté “bastion assiégé”.
La fin, volontairement ouverte, appelle clairement une suite où l’organisation éponyme pourrait être explorée plus en profondeur – et où Sylvester Stallone, désormais positionné, pourrait occuper une place plus centrale sans renier son statut de vétéran.
À voir de préférence en streaming, dans de bonnes conditions sonores, par des amateurs de thrillers d’action qui acceptent les contraintes du mid-budget et savent apprécier un cinéma de genre imparfait mais habité. Dans la filmographie de Michael Polish, ce n’est ni un sommet ni un accident industriel : c’est un film de métier, que l’on revalorisera sans doute une fois le bruit des jugements expéditifs retombé.
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