
End of a Gun : Seagal, l’ombre d’un justicier
Verdict d’entrée
End of a Gun n’est ni la catastrophe absolue qu’on pourrait craindre, ni un retour en grâce de Steven Seagal. On y retrouve un ex-maître de l’Aïkido figé dans un registre monolithique, sans émotion ni véritable enjeu dramatique, au cœur d’un thriller d’action très formaté. Le film se regarde d’un œil distrait, mais peine à exister autrement que comme un DTV de plus dans une filmographie déjà saturée.
Synopsis (sans spoiler)
Ancien agent de la DEA exilé en Europe, Decker (Steven Seagal) intervient lorsqu’il assiste à une agression dans une rue parisienne. Cette intervention le met sur la piste d’un gros magot lié à un cartel, et l’entraîne dans une course-poursuite sanglante où se croisent petite frappe ambitieuse, barons de la drogue et mystérieux commanditaire qui tire les ficelles dans l’ombre. L’intrigue repose sur ce jeu de dupes autour de l’argent et des loyautés fluctuantes, sans chercher le twist spectaculaire.
Les atouts majeurs
Keoni Waxman, habitué des productions tardives de Steven Seagal, connaît son acteur et sait comment le filmer pour en tirer un minimum d’impact : plans serrés, silhouette imposante, déplacements lents mais “assumés”. Le réalisateur mise sur une mise en scène fonctionnelle, parfois efficace dans la gestion de l’espace, notamment lors de quelques face-à-face où le cadre resserré accentue la tension plus que les coups eux-mêmes.
Parmi les seconds rôles, Florin Piersic Jr. apporte un peu de relief au récit : son personnage de criminel nerveux et opportuniste donne au film quelques éclats d’énergie que Steven Seagal ne fournit plus. De même, Jade Ewen tente d’insuffler une fragilité et une humanité à un rôle féminin autrement purement utilitaire.
Le décor urbain d’Europe de l’Est (bien que censée se dérouler à Paris, le tournage s’est principalement effectué à Bucarest), bien que peu exploité, donne au film une couleur légèrement différente des standards hollywoodiens : rues désertes, parkings anonymes, appartements impersonnels renforcent la sensation de monde interlope, presque hors du temps. Sur le plan technique, l’image reste propre, correctement éclairée, et le montage, sans être inspiré, demeure lisible, ce qui n’est déjà pas si fréquent dans ce segment de l’action fauchée.
Les faiblesses et limites
Le principal problème d’End of a Gun, c’est qu’il n’a quasiment aucune personnalité. Le scénario, déjà très mince, se contente d’aligner clichés et situations vues mille fois, sans jamais assumer un vrai point de vue. Le “grand méchant” qui manipule tout à distance, dont on ne verra jamais le visage, reste une figure abstraite : l’idée aurait pu nourrir une dimension paranoïaque ou symbolique, elle se limite ici à un artifice paresseux, jamais expliqué ni exploité.
Steven Seagal, quant à lui, incarne une fois encore ce héros invincible, impassible, intouchable – au point que le danger dramatique s’évapore dès qu’il apparaît à l’écran. Les fans de la star de l’Aïkido n’attendent plus rien depuis bien longtemps, et le film ne fait rien pour les faire mentir : aucune évolution, aucune fragilité, aucun travail sur le temps qui passe. Juste un corps imposant, filmé comme une icône usée, entouré de doublures pour les déplacements et les combats un peu dynamiques.
Les scènes d’action, justement, manquent cruellement de souffle : chorégraphies mécaniques, impacts mous, gunfights expédiés. Le montage découpe souvent les gestes pour masquer les limites physiques de l’acteur, sans parvenir à créer la moindre adrénaline. Ajoutons à cela des dialogues parfois abscons, qui surlignent laborieusement des enjeux déjà simplistes, et une direction d’acteurs très inégale.
Conclusion et recommandation
End of a Gun s’adresse avant tout aux complétistes de Steven Seagal, ou aux amateurs de DTV d’action qui cherchent un divertissement de fond de catalogue, un soir de zapping ou de streaming sans enjeu. Vu en salle, il serait terriblement anodin ; en VOD ou sur une plateforme, il peut faire office de curiosité mineure dans la longue série des collaborations entre Steven Seagal et Keoni Waxman.
Dans la filmographie de l’acteur, le film illustre surtout la routine d’une fin de carrière qui ne semble plus chercher qu’à recycler un mythe fatigué. Dans le paysage du thriller d’action, End of a Gun ne propose ni renouvellement, ni vraie singularité : un produit calibré, regardable mais vite oublié, qu’on ne recommandera qu’avec de sérieuses réserves à ceux qui ont vraiment… rien d’autre à voir.
En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Discussion
Pas encore de commentaire.